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  • Enfin eu l’énergie de boucler un bouquin !

    Les Guerriers de l’hiver d’Olivier Norek

    Critique sur NeoDB

    Excellente lecture que ce livre, qui relate un morceau de la Guerre d’Hiver opposant la Finlande à la Russie. On y suit notamment Simo Häyhä, simple fermier qui va devenir l’un des meilleurs tireurs de précision de tous les temps. Mais il serait réducteur de ne s’attarder que sur lui : Olivier Norek valse parfois vers d’autres fronts pour nous faire saisir la violence et la terreur de cette guerre déséquilibrée entre la Russie surpuissante mais impreparée et la Finlande vaillante mais en sous effectif. Ça se lit extrêmement bien et c’est prenant, une réussite.










  • Morceaux choisis :

    La loi n’a pas changé mais la pratique, si. D’abord, elle s’est massifiée. De 1882 euthanasies et suicides assistés en 2002, le pays est passé à 10 341 en 2025, soit 6 % des décès. Quant aux motifs, ils se sont multipliés. Le cancer n’est plus la cause que de la moitié des euthanasies aux Pays-Bas, contre neuf sur dix en 2002. S’y adjoint désormais un large contingent de patients combinant plusieurs pathologies, dont des maladies chroniques. Si l’on y ajoute les maladies neurodégénératives, cardiovasculaires, pulmonaires, on arrive à 85 % d’euthanasies impliquant des maladies physiques, souvent – mais pas toujours – au stade terminal.

    […]

    Très sécularisés, les Pays-Bas ont déjà décriminalisé nombre de pratiques interdites ailleurs (drogue, prostitution) et valorisent depuis longtemps l’autonomie individuelle. Au sein de l’Association pour la fin de vie volontaire (NVVE), équivalent néerlandais de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), on explique la hausse continue de la courbe par une meilleure acceptation sociale, une moindre tolérance à la souffrance – qui s’observe également dans le plus grand recours à la péridurale lors des accouchements – et par le vieillissement de la population. « Certaines personnes acceptent les maux liés à l’âge comme faisant naturellement partie de la vie, tandis que d’autres jugent insupportable de ne plus pouvoir subvenir à leurs propres besoins : c’est très personnel », estime Fransien van ter Beek, présidente du NVVE. Elle ajoute que dans les cas d’Alzheimer, « la perspective de ne plus reconnaître ses propres enfants peut être insupportable ».

    […]

    Dans le feu de cette actualité, Kit Vanmechelen a été amenée à croiser le fer à la radio avec l’un de ses adversaires les plus pugnaces : Jim van Os, professeur de psychiatrie à l’université d’Utrecht. Lui appelle ses collègues à « voir plus loin que la demande de mort ». « Un patient ayant un trauma sexuel, par exemple, veut se détruire – par honte, par culpabilité. Nous ne devons en aucun cas nous laisser entraîner dans cette dynamique d’autodestruction. Le pire, c’est que l’euthanasie est une pensée qui soulage : certains patients se fixent là-dessus, et “l’obtenir” devient leur obsession. »

    Le journaliste Koos Neuvel en sait quelque chose : sa fille Nora est morte à 18 ans, en 2016, après des années d’anorexie mentale. Face au refus des médecins de l’euthanasier en raison de son jeune âge, elle a opté pour une solution de plus en plus « prisée » par les adolescentes néerlandaises : se laisser mourir de faim et de soif, jusqu’à l’obtention d’une sédation à la toute fin. « Mais la dépression, ce n’est pas linéaire comme certains cancers : comment être sûr que le patient ne peut pas aller mieux ? » interroge Koos Neuvel, qui a consacré un livre à ce sujet, désormais convaincu que ces jeunes n’ont « pas tant besoin d’aide pour mourir que de raisons pour continuer à vivre ». Quand elle était à l’hôpital, la jeune Nora a sympathisé avec Lisa Tiersma, du même âge, aussi anorexique. Cette dernière n’a jamais demandé l’euthanasie mais un psychiatre a abordé le sujet après sa deuxième tentative de suicide, à 24 ans. Cette question – « Avez-vous pensé à l’euthanasie ? » – lui a fait perdre confiance dans le système de santé. « Je ne voulais pas vraiment mourir : je ne voulais plus vivre comme ça », raconte-t-elle trois ans plus tard. « Mon mal-être était réel, mais causé par des circonstances sociales sur lesquelles j’ai fini par agir. »