Premières lignes
« Rue Neuve-Saint-Augustin, un embarras de voitures arrêta le fiacre chargé de trois malles, qui amenait octave de la gare de Lyon. Le jeune homme baissa la glace d’une portière, malgré le froid déjà vif de cette sombre après-midi de novembre. Il restait surpris de la brusque tombée du jour dans ce quartier aux rues étranglées, toutes grouillantes de foule. les jurons des cochers tapant sur les chevaux qui s’ébrouaient, les coudoiements sans fin des trottoirs, la file pressée des boutiques débordantes de commis et de clients, l’étourdissaient ; car, s’il avait rêvé Paris plus propre, il ne l’espérait pas d’un commerce aussi âpre. »
J’ai relu Au bonheur des dames l’année dernière, un de mes romans préférés de Zola, avec la Curée, enfin, jusqu’à ce que j’en découvre d’autres, car je n’ai pas tout lu, à part les plus connus et, maintenant, le début du cycle des Rougon-Macquart.
Pot-bouille appartenait à la première catégorie, celle des « à découvrir ». Une opération Masse critique m’a permis de m’immerger dans cet immeuble bourgeois des années 1860 (l’action début en novembre 1861).
Zola file un thème bien connu : le jeune provincial aux dents longues qui veut conquérir Paris ( voir Balzac, avec Rastignac, dans le Père Goriot et son « A nous deux, Paris! »).
Pour replacer le roman dans la série et la très large famille des Rougon-Maquart, Octave Mouret est le fils de François et Marthe, protagonistes de La conquête de Plassans, roman moins connu, qui se déroule dans le Sud de la France et plante les racines de l’oeuvre à venir. Octave est donc la 3ème génération de cette fameuse famille.
Il est accueilli au début du roman par M. Campardon, dans l’immeuble de la rue de Choiseul, où va se dérouler derrière les murs, des aventures et des mésaventures ; une réplique de la société bourgeoise de l’époque. C’est M. Campardon qui va présenter à Octave tous les locataires et le propriétaire. Octave sera logé au 4ème, l’étage des moins bien considérés, juste avant les chambres des domestiques ou celles louées à des ouvriers, qui sont situées, bien entendu, sous les toits. Le jeune homme sera employé au magasin Au bonheur des dames, qui n’est qu’une boutique du quartier, et non le grand magasin du livre suivant…
La structure de l’immeuble est un régal de micro-société avec ses states : la loge du concierge où M. et Mme Gourd, d’anciens domestiques qui ont accédé à une position sociale plus « élevée » est à l’entrée et leur permet de surveiller les allées et venues.
Au premier, c’est la respectabilité bourgeoise incarnée , avec les Duveyrier (lui, un magistrat décoré qui entretient une maîtresse) et les Vabre (le père est le propriétaire).
Au second, une famille dont on ne sait rien sinon que le père a « fait des livres » et est en procès (un clin d’oeil à l’auteur lui-même). Au troisième, c’est un tableau d’hypocrisie, chez les Campardon, avec un ménage à trois bien tranquillement installé. Sur le même palier, « une petite femme bien malheureuse » qui a été abandonnée par son mari, se contente de flirter avec des hommes (on le saura avec Octave). Et au quatrième, il y a la famille Josserand qui veut garder les apparences. Mme. Josserand veut marier ses filles, Berthe et Hortense. Le fils Léon vit aux crochets de sa maîtresse, une femme plus âgée que lui. Quant à l’autre fils, Saturnin, c’est un jeune homme perturbé mentalement qui fera des séjours à l’asile. Un autre ménage vit modestement, Marie, ignorante, qui veut lire des romans, son époux Jules et leur fille.
Et voilà Octave. Il séduit, se glisse dans les familles, entre les couples, grimpe les échelons de cette société. Il est aussi un homme brutal, qui n’hésite pas à brutaliser et agresser sexuellement les femmes.
On voit aussi le traitement des domestiques lorsque les bonnes et les cuisinières s’interpellent par les fenêtres de l’arrière-cour, c’est un parler crû, dur, mais aussi d’une grande lucidité sur leurs patrons et patronnes…
Le roman aborde aussi le sujet de l’éducation des filles. Zola dénonce cette hypocrisie qui veut que les femmes de cette époque soient vertueuses et ignorantes, mais à qui on apprend comment piéger un homme pour se faire épouser (ô patriarcat …!)
Bref, dans cet immeuble, on vit, on meurt, on accouche, sous une plume vive (Zola, c’est quand même génial à lire). Le roman est parfois déroutant, avec la description de l’accouchement de l’une des domestiques, tellement réaliste…
L’humour est présent et fait de Pot-Bouille une comédie de moeurs acide.

Résumé : Zola est entré partout, chez les ouvriers et chez les bourgeois. Chez les premiers, selon lui, tout est visible. La misère comme le plaisir saute aux yeux. Chez les seconds tout est caché. Ils clament : « Nous sommes l’honneur, la morale, la famille. » Faux, répond Zola, vous êtes le mensonge de tout cela. Votre pot-bouille est la marmite où mijotent toutes les pourritures de la famille.
Octave Mouret, le futur patron qui révolutionnera le commerce en créant Au Bonheur des Dames, arrive de province et loue une chambre dans un immeuble de la rue de Choiseul. Beau et enjoué, il séduit une femme par étage, découvrant ainsi les secrets de chaque famille.
Ce dixième volume des Rougon-Macquart, retraçant la vie sous le Second Empire, c’est ici la bourgeoisie côté rue et côté cour, avec ses soucis de filles à marier, de rang à tenir ou à gagner, coûte que coûte. Les caricatures de Zola sont cruelles mais elles sont vraies.
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